Nouvel Album

Gaële Téléscope

TÉLESCOPE: une musique cinématographique fortement ancrée dans le corps grâce aux arrangement viscéraux et percussifs édifiés en compagnie du coréalisateur Pierre Fortin (Mara Tremblay, Galaxie, Les Dales Hawerchuk)

» Télécharger sur iTunes Canada

» Télécharger sur iTunes France

» Télécharger sur ZIK

 

Blog

Un Chainon humain

20 sept 2014

48h plus loin au bout d’un Chainon humain

 

Tout devait commencer dimanche à Laval pour une vitrine au Chainon…….mais……

 

Tout a finalement commencé par un texto d’Air France reçu jeudi matin, me disant que mon avion de 22h30 vendredi était annulé.

 

Jeudi matin première  heure, me voilà donc au bout du fil au beau numéro 1-800-chose………..en attente………………encore…………….un thé plus loin………..en attente……………..un café plus loin……………en attente……….un petit-déjeuner plus loin………..toujours la même « *&??%%$##@#?%*&?(*& » de musique plate………en attente………….et moi de respirer par le nez et me dire que rien ne viendra gâcher mon début de tournée de l’album Télescope que j’attends depuis plus d’un 1 an ½.

 

Puis, dans un rayon de chaleur auditive se pointe Marie-Soleil au bout du fil, prénom tout désigné pour me régler mon problème, ce qu’elle fit en 2 minutes. L’affaire était dans l’sac après avoir jasé de la pluie et du beau temps et de l’entendre me dire qu’elle était contente que je ne l’agresse pas au téléphone, ça la changeait un peu du reste de sa matinée….ça m’a interpelée mais je n’ai rien dit à part Merci.  Je partirai donc le même jour, vendredi, juste un peu plus tôt. La vitrine du Chainon était encore vivante. Hourra!!!! Que la chance continue!!!

 

L’après-midi du vendredi arriva plus vite et conquérante que Zorro sur un gros « High ». Moi, guillerette et pleine d’espoir, assise en retard dans le taxi de Youssef….je l’avoue, toute stressée de rater mon vol. Et là, comme pour remettre les battements de mon coeur à taille humaine, Yousseff me regarde et me dit l’air songeur mais assumé: « vu comment vous êtes stressées ma p’tite dame, que la 40 est toute bloquée, et que c’est l’heure de pointe, je pense qu’on va faire une offensive par la 20, ça vous va? ». La mine déconfite de voir qu’un chauffeur de taxi, en 17 secondes ¼ , prenait en charge mes états d’âmes et mes craintes avec tant de facilité, rien d’autre n’a pu sortir de ma bouche qu’un sourire géant de gratitude qui disait : « let’s go mon Youssef, la 20 ou la 40 celle que tu veux, bingo, show must go on!! »

 

Tout s’est passé comme sur des roulettes : arrivée pile poil dans les temps, enregistrement des bagages, carte d’embarquement, cheesburger/poutine (ma faiblesse d’aéroport quand je sais que je n’en mangerai pas pendant 2 mois!) Puis je suis montée dans l’avion.

 

19h30 : bien installée, de la musique dans les oreilles, presque assoupie, je me dis que c’est beau la vie.

20h : on n’a toujours pas bougé mais je me dis que c’est le bon temps pour une petite sieste.

20h30 : on bouge! Youpi..…une petite heure de retard mais rien de bien grave puisque j’ai du temps à Paris-Charles-de gaulle pour ma correspondance de train du lendemain. Je me rendors.

21h : je ne me souviens plus avoir décollé, étais-je à ce point perdue dans les méandres d’un sommeil si profond que je n’aurais pas senti le sol se dérober sous mes pieds?

…..et bien non…nous étions toujours au sol.

21h30 : le commandant nous parle d’un problème technique dans le Cockpit « voulez-vous que je vous chante ma chanson pour détendre un peu l’atmosphère ah ah ah ». Il nous faudra donc être patients.

22h : toujours au sol, il commence à faire chaud, je me dis que j’ai bien fait de me goinfrer avant de monter dans l’avion, ils sont tous mort de faim, moi non, j’ai encore un bon tapis de poutine pour tenir la nuit s’il le faut! J’en discute avec ma voisine qui vient de passer son tout premier voyage au Canada dont elle rêvait tant, pour fêter sa retraite. Et elle de me dire « mais où est-ce qu’on dort si on ne décolle pas » et moi de lui répondre, « j’ai un canapé-lit très confortable pour finir votre séjour en beauté ». Beaucoup de rires et surtout beaucoup de bons mots sur l’hospitalité et la chaleur humaine québécoise et cette facilité dans les rapports humains et les réglages de problèmes. Je confirme, 15 ans que j’y goûte au quotidien et je ne m’en lasse pas. Je pense tellement à ça que j’en oublie même de lui demander son prénom.

Minuit: Mesdames et Messieurs, ici Bernard votre commandant  de bord…..nous de se dire qu’il allait  nous faire un décompte de bonne année….et bien non…….juste une petite voix s’excusant presque de vivre et de ne pouvoir réparer l’avion à main nues! T’inquiète Bernard, on préfère pas voler si on n’a pas de parachute! Il faut donc remorquer l’avion jusqu’aux rives de l’aéroport, reprendre les bagages, reprendre un taxi dans l’autre sens, et rappeler demain au 1-800-chose pour plus d’informations.

 

Et hop, c’est le jour de la marmotte!

Samedi matin, l’empereur, sa femme et le petit Prince…..

 

8h30, Je compose le numéro 1-800-chose, encore pleine d’initiative et de fougue retrouvée après 3h de sommeil. Et puis, comme un mantra pendant 2h30 avant de parler à un vrai humain, la voix suave, androgyne et insaisissable de celle qui résonne encore dans mes oreilles à force de l’avoir entendue :

 

« Merci d’appeler Air France et Delta

Tous nos agents sont actuellement occupés. Un agent vous répondra dès que possible.

Nous nous engageons à toujours vous offrir les meilleurs tarifs selon votre demande en fonction des dates, vols, et classes de services disponibles.

Nous vous invitons à consulter notre site Internet AirFrance.com. pour bénéficier de toutes nos gammes de tarifs.

Merci de votre patience, un agent vous répondra sous peu. »

 

Et cet agent il s’appellera Hugo, très joli prénom mais qui ne règlera pas aussi bien mon problème que celui de Marie-Soleil. 4 autres vols d’air France ont été annulés aujourd’hui, sans dire que c’est le chaos, c’est sans conteste un bordel sans nom! Je partirai donc le samedi soir à 23h30. Le hic : ma vitrine est à 14h à Laval le dimanche. Si j’arrive à 12h30 à Paris et que je dois faire 3h de route, j’arriverai trop tard. Que faire. Un seul moyen : tout essayer.

 

Il est midi, je prend la chance de retourner à l’aéroport tôt au cas où des places se libèreraient sur d’autres vols. Et là commence la maison des fous d’Astérix.

 

Roger d’Air Transat me dit que malheureusement la billetterie est fermée mais qu’un numéro 1-800-chose est possible pour de l’assistance. Je ne me dégonfle pas, j’appelle, et c’est la belle Mireille au bout de fil, et après seulement 3 minutes d’attentes, qui me dit que tout est complet mais que je peux me présenter à la porte d’embarquement au cas où mais que changer de compagnie le jour du vol risque de me coûter 1500$ minimum. Je raccroche avec une petite crampe à l’estomac et à mon porte feuille aussi.

 

Michelle d’air Canada, me dit qu’il ne reste plus que de la classe affaire à minimum 4000$. Je fige. On rit quand elle regarde ma guitare l’air de dire, « vous êtes artiste? la classe affaire c’est peut-être pas pour aujourd’hui…»

 

Catherine de Swiss me dit qu’il me faut passer par Zurich et que j’arriverai à Paris à 16h, trop tard. Je rage en silence.

 

Mathieu de KLM me dit qu’ils n’ont pas de vols aujourd’hui. Tout comme Elsa de British Airways.

 

Bredouille après avoir parlé à Gérard de Luftansa et Kim de Delta, je me dis que tant qu’à être le jour de la marmotte, il est 16h et je n’ai toujours rien dans l’estomac. Je m’attable donc au Casey’s resto-bar grill et je me commande un jus de tomate….light…..pour mieux poursuivre avec le Burger du boucher et transformer ma frite en poutine. Et oui, 2 jours de suite. Et puis il est 5h et Marc-André le Barman dit que c’est l’heure du 5 à 7. Et me voilà partie pour une bière. Puis une autre. Et là c’est la tournée du parton, j’ai droit à une « limonade-rhum-agrumes » spéciale pour jolies filles. C’est très ensoleillé, rafraichissant, parfait pour faire le deuil de ma vitrine au Chainon, il faut que je me rende à l’évidence, ça ne sera pas pour cette année…à 3h près. Je peste contre le temps qui ne nous attend jamais finalement! Et Marc-André de me dire « si ta musique est aussi jolie que toi, alors ça doit être vraiment très bon ». Un petit velours sur mon coeur d’égo en berne qui ne pourra pas présenter son premier spectacle de tournée, je l’avoue, même si en toute humilité, j’ai pris et je me suis flâtée avec!

 

En sortant du resto, juste assez pompette pour être quand-même crédible devant les agents d’Air France – longeant les corridors de l’aéroport que je commence à considérer comme un vrai ami et que je connais comme ma poche – je me dirige à l’enregistrement des bagages. Et là, je rencontre l’agent Habib qui me dit vouloir vérifier mon passeport pour être sûre que je sois bien sur le vol de 23h30. Petite panique dans le regard, mais en même temps je ne suis plus à un jour près dans l’aéroport, je commence à ressembler à Tom Hanks la barbe en moins! La file d’Air France est plus longue que le couloir de la mort mais je me dit que tant pis c’est comme ça, il suffit de se résigner un peu. Et là, sorti de nulle part, Habib tout sourire qui me dit: « c’est un peu débile quand-même que je vous fasse faire la queue là-bas alors que je peux vous enregistrer à ce comptoir-ci». « Mais oui Habib, quel homme raisonnable vous faite, c’est en effet complètement débile !». Il y a comme ça des petites lumières qui illuminent la journée. J’ai même eu droit de choisir mon siège. 43A, j’ai même droit à un Hublot! Victoire!

 

10 minutes plus tard, je suis assise à la gate 55 en  train d’écrire ces lignes en attendant de décoller enfin vers la belle Paris.

 

Paris, je t’arrive demain, pleine d’effervescence et de possibilités, avec un horaire ma foi très souple puisque pas de Chainon…je me laisserai donc aller au bon temps….à cet air qui claque, cet automne qui frappe et l’air frais qui sent si bon….au bonheur qui s’attrape sans qu’on le traque si on fait attention. Je laisserai voguer ma galère au gré de mes envies et des gens qui croiseront ma route.

 

Bienvenue Monsieur Destin.

 

Malheureusement il n’y aura pas de Chainon pour moi et je ne viendrai pas vous chanter la pomme comme je l’avais tant espéré. De nature positive, je me réconforte en me disant que grâce à  Marie-Soleil, Yousseff , ma voisine d’avion, Bernard, Hugo , Roger , Mireille, Michelle , Catherine, Mathieu , Elsa , Gérard, Kim, Marc-André, Habib et Tom Hanks, j’ai définitivement compris qu’on est jamais vraiment tout seul dans la vie et qu’en saisissant tous les petits moments futils au vol qui en disent long sur la vie, le vrai sens de mon métier est apparu plus que jamais……écrire et partager une histoire. Ne me reste plus qu’à la mettre en musique et qui sait peut-être un jour venir vous la chanter!